La trousse de secours du baroudeur

boite_pleine_fermeeQuel que soit le sport que l’on pratique, embarquer une « trousse de premiers secours » dans le fond de son sac à dos semble être une idée très judicieuse ! Malheureusement, le commerce propose des solutions plutôt décevantes à mon sens. Dans cet article, je vous propose une
critique des trousses vendues, mon cahier des charges, et la réalisation de ma propre « boite à bobos et à mésaventures ».

Les « trousses de secours » vendues dans le commerce

trousse-commerce

Dans la plupart des pharmacies et dans les enseignes spécialisées en sports, on peut trouver un certain choix de ce que l’on appelle par habitude « trousses de secours », pour quelques dizaines d’euros.

Replaçons tout de suite les choses dans leur contexte ! Si vous considérez que désinfecter une petite plaie et l’entourer d’une bande mérite le terme de secours, faites attention à ne pas pré-juger des capacités matérielles qu’offre une telle solution ! Non, un médecin réanimateur gonflable ne se cache pas dedans … Je préfère appeler une telle trousse « boite à bobos et à mésaventures », car c’est bien tout ce que peut offrir une trousse dont le poids, l’encombrement et le prix lui permettront de trouver systématiquement sa place au fond de notre sac à dos.

Le contenant qui constitue les trousses que l’on trouve dans le commerce ne me parait pas adapté : il s’agit la plupart du temps de trousses en tissu souple (fragiles) et non étanches, peu aptes à protéger leur contenu. Quant au contenu, il semble avoir été sélectionné pour permettre à nos bambins de jouer avec. On y trouve, non exhaustivement,  de volumineuses bandes à l’intérêt très limité, des compresses imprégnées de désinfectants parfois inconnus si ce n’est inadaptés, de grands ciseaux fragiles, et parfois même des tir-tiques déconseillés (j’y reviendrai). Je vous épargne les pansements de qualité médiocre et tout ce que l’on regrettera de ne pas y trouver le moment venu.

Mon cahier des charges pour une « boite à bobos et à mésaventures »

A mon sens, la bonne « boite à bobos et à mésaventures » est celle dont le compromis poids-encombrement-contenu fera qu’elle trouvera systématiquement sa place au fond du sac à dos. La tentation de la surcharger est très forte (surtout pour les professionnel de la santé) mais qui n’a jamais allégé à tord son sac à dos une fois trop rempli ? Quelques concessions s’imposent !

Voici mon cahier des charges :

  • Un prix très modéré, avoisinant une trentaine d’euros ;
  • Une masse et un encombrement réduits à leur maximum ;
  • Un contenant robuste, étanche et pratique ;
  • Un contenu adapté aux situations courantes :
    • Petites plaies à désinfecter et à protéger ;
    • De quoi faire face aux ampoules, échardes, et tiques ;
    • Quelques médicaments de base (y ajouter vos traitements importants !) ;
    • De quoi parer à une fermeture éclair cassée, ou tout autre soucis pouvant être réglé avec du fil, une aiguille, ou un morceau d’adhésif.

Réalisation pratique : le contenant

Une boite en plastique avec couvercle, type tupperware®, me parait être une solution qui offre pour avantages :
– un faible coût, une facilité d’achat et un large choix (dans tous les supermarchés) ;
– une solidité et une résistance à l’eau et aux poussières.
J’ai choisi :
– un modèle transparent, qui permet de vérifier son contenu d’un simple coup d’oeil ;
– une boite en plastique de 15(L) x 11(l) x 7(h) cm3, soit un volume utile d’environ 1 L ;
– la masse totale de la boite vide et de cordelette + mousqueton est de 108 g.

J’ai encerclé cette boite avec une cordelette (immobilisée avec un adhésif puissant), ce qui permet d’y attacher un petit mousqueton (pour l’attacher à votre sac à dos ou autre si vous la sortez dans une situation verticale). J’ai également renforcé la fermeture avec une autre cordelette (en orange sur la photo).

Une fois remplie, ma « boite à bobos et à mésaventures » à une masse de 362 g.

 

 

 

Le contenu

   Protection et désinfection des mains et des plaies

  • Un petit flacon de gel hydro-alcoolique
    pour désinfecter grossièrement les mains (attention, ces solutions sont d’autant plus efficaces que les mains sont propres !). Par exemple une flacon de 18 mL ;
  • Une demi-douzaine de paires de gants à usage unique
    pour se protéger dans le cas d’un soin réalisé à un tiers, ou si l’on a les mains sales. Mieux vaut prendre une taille L ou XL qui conviendra à toutes les mains ;
  • Des lingettes imprégnées d’alcool
    pour se nettoyer les mains, un instrument tel une pince à épiler (et pourquoi pas un objectif sali avec des doigts gras).

   Protection et désinfection des plaies, ampoules, corps étrangers et tiques

  • Quelques compresses en non-tissé stériles emballées
    pour désinfecter une plaie et confectionner un pansement (avec de l’Urgoderm®). Par exemple deux pochettes de 5 compresses de 7,5 cm de côté de 4 plis (40 g/pochette) ;
  • Des unidoses de désinfectant iodé type Bétadine® dermique
    pour tout type de désinfection (sauf les yeux et les oreilles !). Par exemple deux uni doses de 5 mL de Bétadine® jaune ;
  • Des unidoses d’eau oxygénée
    pour nettoyer du sang séché (ne pas utiliser ces produits sur les muqueuses, en particulier les yeux !). Par exemple deux uni doses de 5 mL d’eau oxygénée à 10 volumes ;
  • Des unidoses de sérum physiologique
    pour nettoyer les yeux (poussières) ou rincer une plaie profonde. Par exemple deux uni doses de 5 mL (NaCl 0,9%) ;
  • Quelques dizaines de centimètres d’une bande adhésive micro-aérée
    pour confectionner un pansement sur mesure avec une compresse, ou protéger une zone de frottement en prévention d’une ampoule. Par exemple 30 cm d’une bande de 10 cm de largeur de marque Urgoderm® ou Hypafix® ;
  • Quelques mèches stériles hémostatiques
    pour les saignements de nez. Par exemple de marque Coalgan® ;
  • Quelques pansements spécifiques pour les ampoules
    Par exemple de marque Compeed® ;
  • Une pochette de bandelettes stériles adhésives pour sutures cutanées
    Pour refermer une plaie correctement désinfectée (on ne referme pas une plaie sale !). Par exemple une pochette de 6 bandes de 10 cm de longueur et de 1,25 cm de largeur de marque Urgostrips® ;
  • Une unidose de colle cutanée cyanoacrylate si vous avez été formé à son utilisation ! Pour refermer une plaie correctement désinfectée (on ne referme pas une plaie sale ! on ne l’utilise pas près des yeux sans protection !). Par exemple une unidose de Leukosan® de 3,6 mL ;
  • Une paire de petits ciseaux à bouts pointus
    pour découper l’Urgoderm®, les Urgostrips®, ou tout autre chose … y compris l’angle d’un ongle douloureux ou la peau d’une ampoule éclatée dont le contenu est souillé. D’ailleurs, rien ne protégera mieux une ampoule vidée proprement (désinfection + aiguille propre) que la peau de la dite ampoule : si elle est intacte, ne pas l’ôter une vidée à l’aiguille ;
  • Quelques cotons-tiges propres dans une pochette étanche
    par exemple pour ôter des moucherons biens enfuis sous la paupière.
  • Une pince à épiler de qualité
    pour ôter tout corps étranger d’une plaie (pas pour les tiques !) ;
  • Des aiguilles stériles de préférence pleines
    pour nettoyer une plaie par abrasion, ôter une écharde
    (attention, une fois utilisées, la lumière des aiguilles creuses ne peut être désinfectée !)  ;
  • Une ou deux lames de scalpel (taille 23)
    pour disséquer les couches superficielles de la peau si une écharde récalcitrante s’y trouve enfuie ;
  • Deux tir-tiques de taille différentes (pour tique nymphe et adulte) 
    Choisir ce modèle (photo) vendu en pharmacie (4-5€), en forme de « pied de biche », les autres dispositifs et pinces à épiler sont à proscrire !

 

 

   Bricolage

  • Un fil de suture non résorbable à aiguille courbe 2/0
    utile pour coudre un tissu déchiré ou une fermeture éclair cassée (une veste déchirée, lors de mauvaises conditions météo, peut avoir de fâcheuses conséquences). Par exemple ETHILON 2-0 avec fil de 90 cm de longueur ;
  • Bande élastique collante hypoallergénique 
    pour réaliser le stapping d’une articulation 
    traumatisée (attention à maintenir la circulation sanguine !), réaliser un pansement compressif avec quelques compresses pour une hémorragie extériorisée,  ou réparer tout ce qui peut être « scotché » (comme l’arrière de la peau d’un ski de randonnée … histoire vécue). Par exemple bande Elastoplast® ou UrgoCrepe® de 6 cm de large et de 2,5 m de longueur ;
  • Quelques épingles à nourrice
    utiles pour bricoler un tissu déchiré ou une fermeture éclair cassée.

   Médicaments

Ne pas jouer à Dr House : les accidents pharmacologiques ne sont pas des mythes ! N’administrez jamais un médicament à une personne qui n’a jamais expérimenté la molécule (faire face à une réaction indésirable potentiellement grave en milieu isolé n’est vraiment, vraiment, pas souhaitable). Dans le doute, appelez le 15.

  • Quelques cachets de vos traitements impératifs
    (Aspégic®, Ventoline®, antihistaminique, …) : en cas d’oubli ou de séjour plus long que prévu (par exemple bloqué dans un refuge en attendant les secours, histoire vécue) ;
  • Le paracétamol (en vente libre) est toléré en auto-médication
    La forme 500mg oro-dispersible (à sucer) est très pratique.
    Ne pas dépasser 4g/jour sans avis médical, et boire de l’eau ;
  • L’ibuprofène (en vente libre) est toléré en auto-médication
    La forme 200mg est conseillée, très efficace pour les douleurs dentaires et articulaires, ou pour les courbatures. Il est possible de l’associer au paracétamol, sans dépasser les doses individuelles de ces deux molécules.
    Dans tous les cas, ne pas dépasser 1200 mg/jour, ne jamais administrer chez la femme enceinte, ne jamais administrer en cas d’infection (angines, …) sans un avis médical ;

En accord avec votre médecin traitant, qui choisira ou non de vous la prescrire,  une auto-médication à visée antalgique de palier 2 (supérieure au paracétamol) peut être anticipée dans le cas d’un accident entrainant une douleur forte, en attendant les secours, à qui il faudra impérativement signaler les quantités prises. Dans tous les cas le 15 pourra vous guider par téléphone.

  • Le paracétamol codéiné (type KLIPAL CODÉINE® 600 mg/50 mg) peut être une solution interessante.
    Ne jamais administrer à une personne somnolente.
    Ne jamais donner de morphinique (y compris la codéine) à une personne asthmatique ou avec des troubles respiratoires sans avis 
    médical.
    Ne pas administrer à une femme enceinte sans avis médical.
    Ne pas dépasser 4g de paracétamol/jour et 200mg de codéine/jour (soit 4cp/jour de Klippal) ;
  • Le tramadol est statistiquement moins bien supporté que la codéine (nausées, vertiges), mais toutefois aussi efficace comme antalgique, et avec moins d’effets sur le système respiratoire. Si vous en avez déjà pris et bien supporté, le tramadol 50mg peut être une solution interessante (la forme oro-dispersible est pratique, type OROZAMUDOL® 50mg est pratique).
    Ne jamais administrer à une personne somnolente.
    Ne pas administrer à une femme enceinte sans avis médical.
    Ne pas dépasser 400mg de tramadol
    /jour (soit 8cp/jour d’OROZAMUDOL 50mg). Il est possible de l’associer au paracétamol, sans dépasser les doses individuelles de ces deux molécules ;
  • L’aspirine est déconseillée : elle « fluidifie » le sang, ce qui en cas de traumatisme présent ou futur (jusqu’à 11 jours après une unique prise !) peut être à l’origine d’hémorragies internes ou externes difficilement contrôlables.

   Divers

  • Un papier comportant vos coordonnées
    type carte de visite : utile si une honnête âme retrouve votre boite à bobos égarée ;
  • Des bouchons d’oreille
    que l’on oublie systématiquement en refuge 😉 ;
  • En fonction de votre pratique et expérience, placer les éléments les plus fréquemment utiles au dessus (gel hydro-alcoolique, gants à usage unique, médicaments), les éléments les plus anecdotiques et/ou petits trouveront leur place au fond (aiguilles, papier avec votre identité, …).

Ce qui ne se trouve pas dans cette boite … mais ailleurs dans le sac … et indispensable !

  • Une couverture de survie ;
  • Une lampe frontale de secours (avec un jeu de piles de secours), comme l’excellente Petzl® e+Light® ;
  • Un téléphone portable pleinement rechargé
    et en mode avion si ce n’est éteint, pour conserver sa précieuse batterie. L’achat d’un téléphone de secours basique, solide, économique et léger (comme le Samsung Solid B2100, que l’on trouve neuf à quelques dizaines d’euros) peut être envisagé. Les ancêtres de nos actuels smartphones seraient parfaits … avec une batterie en excellent état, ce qui n’est pas facile à trouver (attention, le froid diminue artificiellement les ressources d’une batterie, que l’on placera contre sa peau pour espérer gagner quelques minutes d’autonomie en dernier recours).
    Rappel utile : le 112 est joignable même sans carte SIM, sur n’importe quel réseau supporté par le téléphone, quel que soit l’opérateur « accroché » ;
  • Batterie de recharge USB
    Si vous utilisez votre téléphone pendant la randonnées (appels, photos, GPS, …), une solution de recharge doit être envisagée : les batteries disposant de ports USB sont très pratiques, quasi-universelles, économiques et légères (la marque Décathlon® propose différents modèles dans la gamme GEONAUTE ONpower TRAVEL) ;
  • Du sucre, quelqu’en soit la forme (morceaux de sucre, barres céréales, …). 18g de sucre permettent de re-sucrer une personne en hypoglycémie en quelques minutes ;
  • Un couteau ;
  • Un saucisson
    à ne pas garder trop longtemps au fond du sac tout de même  😉 .

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